Des coordonnées personnelles, des historiques de paiement, des mots de passe hachés et même des codes d’accès à des immeubles. Voilà ce que contiennent les fichiers attribués à madecofete.com, une boutique française spécialisée dans les décorations de mariage, d’anniversaire et de baptême. Les données ont été diffusées le 31 octobre 2026 par un hacker utilisant le pseudonyme ChimeraZ.
Le pirate annonce 45 156 enregistrements concernant environ 13 000 personnes. Cyberattaque.org s’est procuré et a analysé cinq fichiers représentant 45 118 lignes. Leur contenu révèle une exposition particulièrement préoccupante, notamment en raison de la présence de données de paiement et d’anciennes informations d’authentification.
Ma Déco de Fête est une boutique en ligne exploitée par Prestanim France, proposant des faire-part personnalisés, des décorations de table, des accessoires de réception et des articles destinés aux événements familiaux. L’entreprise est notamment implantée à Vert-Saint-Denis, en Seine-et-Marne.
Cinq fichiers qui retracent plusieurs années de commandes
Contrairement à une simple liste d’adresses email, les informations publiées correspondent à plusieurs catégories de données issues du fonctionnement d’un site de commerce électronique.
Notre analyse confirme la présence de :
- 11 137 comptes clients, avec leurs identités et adresses email ;
- 14 487 fiches d’adresses, comportant des coordonnées postales ;
- 9 508 enregistrements de paiement ;
- 5 551 fiches d’expédition Colissimo ;
- 4 435 messages associés aux échanges avec le service client.
Ces fichiers partagent plusieurs identifiants permettant de rapprocher les informations d’un compte client avec ses adresses, ses livraisons et certains échanges commerciaux.
Les 45 118 lignes ne correspondent donc pas à autant de personnes. Un même client peut apparaître plusieurs fois en fonction de ses commandes, de ses adresses et de ses communications avec la boutique.
Des milliers de mots de passe protégés par un ancien algorithme
L’un des points les plus préoccupants concerne le fichier des comptes clients.
Sur les 11 137 fiches examinées, 11 136 contiennent une empreinte de mot de passe au format compatible avec MD5. Les fichiers comportent également des identifiants de sécurité internes et des dates de naissance, dont plus de 10 000 sont exploitables.
MD5 est un ancien algorithme de hachage qui n’est plus considéré comme suffisamment robuste pour protéger les mots de passe selon les recommandations actuelles de cybersécurité.
Les mots de passe ne sont pas présents en clair. Leur récupération éventuelle dépend notamment de leur complexité et de l’utilisation ou non d’un secret supplémentaire lors du hachage, ce que les fichiers ne permettent pas de déterminer.
Cette exposition présente néanmoins un risque pour les personnes qui réutilisent leurs mots de passe sur plusieurs sites.
9 415 références de cartes bancaires, mais des numéros masqués
Le fichier des paiements contient une autre catégorie d’informations sensibles. Sur 9 508 transactions, 9 415 comportent un numéro de carte bancaire partiellement masqué, associé à une date d’expiration.
Les enregistrements précisent également les montants des commandes, les moyens de paiement, les références de transaction et les dates des opérations.
Cyberattaque.org a identifié 8 144 références de cartes distinctes parmi les valeurs masquées, conformément au volume annoncé par le hacker.
Il ne s’agit cependant pas de 8 144 numéros de carte complets. Tous les numéros renseignés dans le fichier comportent des caractères de masquage. Aucun cryptogramme de sécurité n’est présent.
Ces éléments ne suffisent donc pas, à eux seuls, à réaliser un paiement frauduleux. Ils pourraient toutefois être utilisés pour rendre crédible une tentative d’escroquerie évoquant une ancienne commande ou un problème de remboursement.
Plus surprenant : des codes d’accès aux immeubles dans les livraisons
Le fichier Colissimo révèle des informations qui dépassent les simples coordonnées de livraison.
Outre les noms, prénoms, adresses postales, numéros de téléphone et emails des destinataires, il comporte des champs destinés aux instructions de livraison.
Nous avons identifié 149 enregistrements avec un premier champ de code d’accès renseigné et 51 avec un second. Certaines fiches contiennent également des indications complémentaires destinées au transporteur.
La présence de ces informations est particulièrement sensible. Lorsqu’elles sont associées à une adresse postale complète, elles pourraient faciliter des tentatives d’accès non autorisé à des parties communes d’immeubles, si les codes sont toujours valables.
Les 4 435 messages du service client constituent également une source d’informations personnelles, puisqu’ils retracent des échanges concernant des commandes, des produits personnalisés ou des demandes particulières.
Des données anciennes, dont les dernières remontent à février 2023
Un autre constat important ressort de l’analyse : les informations ne semblent pas récentes.
Les dates de création des comptes clients s’étendent de juin 2016 à février 2023. Les transactions bancaires suivent la même période, avec des paiements enregistrés jusqu’au 8 février 2023.
Les messages du service client examinés s’arrêtent également au début du mois de février 2023. Le site de l’enseigne n’est plus disponible et laisse penser un arrêt de l’activité depuis des années.
Le hacker n’a fourni aucun élément permettant de déterminer la méthode employée ou la date exacte de récupération des données. Rien ne démontre donc une intrusion survenue en octobre 2026.
Quels risques pour les anciens clients de Ma Déco de Fête ?
La combinaison des fichiers pourrait faciliter des tentatives de phishing particulièrement personnalisées. Des fraudeurs pourraient notamment envoyer de faux messages concernant une livraison, une ancienne commande ou un remboursement bancaire.
Les clients utilisant encore le même mot de passe qu’à l’époque des commandes concernées devraient également envisager de le modifier, particulièrement s’il est réutilisé sur d’autres services.
Si la provenance de ces données est confirmée, cette affaire illustrerait un problème particulièrement préoccupant : des informations commerciales conservées pendant plusieurs années peuvent devenir une source de fraude longtemps après les commandes initiales.
Source originale : Cyberattaque.org.

