Une fuite de données particulièrement sensible vient d’être revendiquée autour de Malakoff Humanis. Le hacker ChimeraZ publie une base partielle de 16 556 documents contenant des informations relatives à des assurés, leurs remboursements et leurs parcours de soins.
Malakoff Humanis est l’un des principaux groupes français de protection sociale, actif dans la santé, la prévoyance, l’épargne et la retraite complémentaire. Les premiers éléments analysés par Cyberattaque.org pointaient vers son prestataire IGA Gestion, une piste désormais corroborée par une déclaration officielle du groupe.
Malakoff Humanis confirme avoir été informé dès le 11 août 2026 d’une cyberattaque contre l’un de ses prestataires de gestion, IGA, chargé d’environ 2 000 assurés du groupe. La revendication publiée le 17 octobre serait liée à cet incident antérieur. Le groupe poursuit toutefois ses vérifications sur l’authenticité, l’origine et le périmètre exact des éléments diffusés.
Malakoff Humanis confirme une cyberattaque chez son prestataire IGA
Contacté au sujet de cette revendication, Malakoff Humanis apporte des précisions importantes sur l’origine de l’incident. Le groupe explique que les données publiées sont liées à une cyberattaque ayant visé l’un de ses prestataires de gestion, IGA, et dont il avait connaissance depuis le 11 août dernier.
Malakoff Humanis a pris connaissance d’une revendication de vol de données publiée le 17 octobre. Ces données publiées renvoient à une cyberattaque qui a visé un des prestataires de gestion (IGA) gérant environ 2 000 assurés de notre Groupe, dont nous avons eu connaissance le 11 août dernier.
Dans la continuité immédiate de l’incident, la procédure a été intégralement respectée : notification CNIL et autorités compétentes, information des assurés, etc.
Nos équipes analysent actuellement les éléments publiés ce matin pour en vérifier l’authenticité, l’origine et le périmètre.
La protection des données de nos assurés est une priorité absolue : les personnes concernées seront directement informées. Par mesure de précaution, nous invitons nos assurés à rester vigilants face à tout email, SMS ou appel inhabituel se présentant comme émanant de Malakoff Humanis. Un conseiller Malakoff Humanis ne leur demandera jamais leur mot de passe ni leurs codes de sécurité par téléphone, SMS ou email.
Hospitalisations, optique, pharmacie et soins dentaires dans les fichiers
Cyberattaque.org s’est procuré la base diffusée par ChimeraZ et en a analysé le contenu. Les 16 556 entrées correspondent à des documents ou échanges administratifs liés à la gestion de prestations de santé.
On y retrouve des demandes et accords de prise en charge hospitalière, relevés de prestations, remboursements, dossiers d’optique, soins dentaires, actes de pharmacie, consultations, analyses, transports sanitaires ainsi que des échanges entre assurés, établissements de santé et gestionnaires.
Certains documents dévoilent directement la nature des soins reçus, les établissements fréquentés, les dates de prise en charge et les montants remboursés. Il s’agit donc bien, pour une partie importante de l’archive, de données relatives à la santé.
Numéros de Sécurité sociale, dates de naissance et IBAN apparaissent également
La sensibilité ne s’arrête pas aux actes médicaux. Cyberattaque.org a identifié dans les fichiers des noms, prénoms, adresses postales, dates de naissance, numéros d’adhérent et numéros de Sécurité sociale.
Des données bancaires apparaissent également dans certains documents. Plus de 800 entrées de l’archive comportent des mentions liées à des IBAN ou relevés bancaires, notamment dans le cadre de remboursements et de virements. Tous les comptes ne sont toutefois pas nécessairement ceux des assurés : certains appartiennent à des établissements ou organismes destinataires des paiements.
Des données extrêmement récentes, datées d’août 2026
Cette fois, impossible de parler d’une vieille archive ressortie plusieurs années après son extraction. Des milliers de courriers et emails sont datés de 2026, avec des documents allant jusqu’aux 7 et 8 août 2026.
On retrouve notamment des demandes de prise en charge et des remboursements concernant des soins réalisés quelques jours ou quelques semaines auparavant. La source de la fuite était donc encore alimentée moins de trois mois avant la publication de ChimeraZ.
Cette chronologie est particulièrement intéressante à la lumière des précisions de Malakoff Humanis. Les derniers documents identifiés dans l’archive sont datés de quelques jours seulement avant le 11 août 2026, date à laquelle le groupe indique avoir pris connaissance de l’incident chez son prestataire.
Cette proximité temporelle est cohérente avec les explications du groupe, sans permettre à elle seule d’établir la date exacte de l’extraction des données.
Les traces techniques pointaient déjà vers IGA Gestion
Avant même les précisions apportées par Malakoff Humanis, l’analyse indépendante réalisée par Cyberattaque.org avait permis d’identifier de nombreuses traces du prestataire IGA Gestion dans l’archive.
Le nom Malakoff Humanis apparaît massivement dans les documents, mais un autre acteur est omniprésent : IGA Gestion, une société spécialisée dans la gestion de contrats d’assurance santé et prévoyance pour compte de tiers.
De nombreux emails sont adressés à des boîtes intitulées Contact IGA GESTION ou Agregateur IGAGESTION. Les domaines mon-espaceassure.com et igagestion.fr apparaissent également à très grande échelle, tandis que plusieurs courriers sont directement édités sous la marque Malakoff Humanis.
Ces éléments orientaient vers un environnement de gestion déléguée utilisé pour traiter certains dossiers Malakoff Humanis. La déclaration officielle du groupe vient conforter cette analyse en confirmant l’existence d’une cyberattaque contre IGA.
Il reste néanmoins à déterminer précisément quels systèmes ont été compromis et par quel mécanisme les documents revendiqués par ChimeraZ ont pu être obtenus.
La structure ressemble à une extraction d’une GED ou d’un index documentaire
La forme même de la base apporte une autre indication. Chaque entrée est principalement composée d’un identifiant de document et du texte intégral extrait de celui-ci. Certaines lignes correspondent à des emails avec leurs pièces jointes, d’autres à des courriers, factures, relevés ou formulaires.
Cette organisation évoque davantage une GED, un agrégateur documentaire ou un index permettant de rechercher le contenu des pièces qu’une simple base clients. Une compromission d’un compte disposant d’un accès large, d’une API, d’un serveur documentaire ou d’un outil d’indexation pourrait expliquer ce type d’extraction. ChimeraZ ne fournit toutefois aucune information technique sur son point d’entrée.
Des données idéales pour des fraudes particulièrement crédibles
Un attaquant disposant de ces informations peut connaître le véritable assureur d’une personne, un remboursement récent, son établissement de santé, son numéro d’adhérent ou encore une demande de prise en charge réelle.
La fuite ouvre ainsi la voie à des campagnes de phishing ciblé, usurpations de mutuelle, faux remboursements, demandes frauduleuses de RIB ou tentatives d’usurpation d’identité. Les numéros de Sécurité sociale et données médicales présentent par ailleurs un risque durable puisqu’ils ne peuvent pas être simplement remplacés comme un mot de passe.
Malakoff Humanis appelle d’ailleurs ses assurés à la vigilance face aux sollicitations inhabituelles par email, SMS ou téléphone. Le groupe rappelle que ses conseillers ne demandent jamais de mots de passe ni de codes de sécurité par ces moyens de communication.
Une cyberattaque connue depuis août, une publication en octobre
La chronologie de cette affaire fait désormais apparaître deux événements distincts : un incident de sécurité connu de Malakoff Humanis depuis le 11 août 2026 et une revendication publique accompagnée de données diffusées le 17 octobre 2026.
Malakoff Humanis affirme avoir procédé, à la suite de l’incident initial, aux notifications réglementaires auprès de la CNIL et des autorités compétentes, ainsi qu’à l’information des assurés concernés. Le groupe précise poursuivre ses analyses sur les éléments nouvellement publiés et indique que les personnes concernées seront directement informées.
De son côté, ChimeraZ présente les 16 556 documents comme une base seulement partielle. Le périmètre complet auquel le hacker affirme avoir eu accès reste donc inconnu, tout comme la correspondance exacte entre cette archive et les quelque 2 000 assurés évoqués par Malakoff Humanis.
Une chose ressort néanmoins de l’analyse des fichiers : il ne s’agit pas d’une simple liste de contacts, mais de documents détaillant des éléments parfois extrêmement sensibles de la vie médicale, administrative et financière des assurés.
Source originale : Cyberattaque.org.
Image d’illustration : NOIRLab HQ Server Racks (6V6A0404-CC).jpg — NOIRLab/NSF/AURA/T. Slovinský — CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.


