La Poste Mobile fait l’objet de deux revendications de cyberattaques en quelques heures. Ce mercredi 21 octobre 2026, le groupe de hackers prorusse NoName057(16) a d’abord annoncé avoir mené des attaques DDoS contre plusieurs services de l’opérateur téléphonique français. Mais une nouvelle revendication est venue aggraver la situation : le collectif affirme désormais avoir également récupéré les données personnelles de 25 000 clients de La Poste Mobile.
Pour appuyer ses affirmations, les pirates ont diffusé des captures d’écran présentées comme provenant d’espaces clients de l’opérateur. Des informations personnelles et des rubriques bancaires y apparaissent. La réalité d’une extraction de 25 000 dossiers clients reste toutefois à confirmer.
25 000 clients de La Poste Mobile potentiellement concernés par une fuite de données
La nouvelle revendication de NoName057(16) marque une évolution importante par rapport aux premières annonces de la journée. Alors que le collectif s’était initialement concentré sur la perturbation des services en ligne, il affirme désormais avoir obtenu des informations personnelles concernant 25 000 clients de La Poste Mobile.
Selon les déclarations des attaquants, les informations potentiellement concernées comprennent notamment :
- Les noms et prénoms des abonnés ;
- Les adresses postales ;
- Les adresses électroniques ;
- Les numéros de téléphone mobile ;
- Des informations associées aux comptes et aux abonnements.
La revendication est accompagnée de plusieurs captures d’écran présentées comme des interfaces de gestion de comptes clients. On y distingue différentes rubriques liées à l’identité du titulaire, à ses coordonnées et aux informations de paiement.
L’une des captures montre notamment une rubrique consacrée aux coordonnées bancaires, avec un IBAN français partiellement masqué et des informations relatives au prélèvement automatique. La présence de cette rubrique ne démontre cependant pas que des coordonnées bancaires complètes ont été dérobées.
Les hackers suggèrent également que d’autres informations sensibles pourraient être accessibles. Toutefois, aucun élément suffisamment probant ne permet actuellement de confirmer la récupération de mots de passe ou de documents financiers.
Des captures d’écran, mais aucune preuve d’une extraction massive
La prudence reste indispensable concernant cette nouvelle revendication. Les éléments rendus publics se limitent essentiellement à des captures d’écran qui semblent provenir d’un environnement client de La Poste Mobile.
Ces images soulèvent plusieurs questions. Elles ne permettent pas de déterminer si les pirates ont réellement pénétré dans les infrastructures de l’opérateur, s’ils ont obtenu un accès à un ou plusieurs comptes individuels ou si les informations proviennent d’une autre source.
Surtout, aucune base de données complète permettant de vérifier les 25 000 clients revendiqués n’a été publiquement démontrée dans les éléments disponibles. Le nombre annoncé reste donc celui avancé par les attaquants.
À ce stade, il n’est pas non plus possible de déterminer l’ancienneté des informations présentées, leur origine exacte ou le nombre réel de personnes éventuellement concernées.
Cette distinction est essentielle : une revendication de vol de données, même accompagnée de captures d’écran, ne constitue pas à elle seule une confirmation de compromission massive.
Une première attaque DDoS revendiquée contre les services de La Poste Mobile
Quelques heures avant cette revendication de fuite de données, NoName057(16) avait annoncé une série d’attaques par déni de service distribué, ou DDoS, contre plusieurs plateformes officielles de La Poste Mobile.
Le groupe affirme avoir ciblé le site principal de l’opérateur, son espace client, plusieurs sous-domaines et le service permettant l’activation des cartes SIM.
Les domaines concernés correspondent à des services officiels de l’opérateur, notamment lapostemobile.fr, espaceclient.lapostemobile.fr et activation.lapostemobile.fr.
Une indisponibilité de ces plateformes pourrait empêcher temporairement les abonnés de se connecter à leur espace personnel, de consulter leur forfait, de gérer certaines opérations ou d’activer une nouvelle carte SIM.
Pour étayer ses déclarations, le collectif a publié plusieurs rapports Check-Host montrant des difficultés d’accès à différents services. Ces tests permettent d’identifier des problèmes de disponibilité à un instant donné, mais ne suffisent pas à démontrer l’origine technique des perturbations ni leur attribution au groupe.
Rien ne permet par ailleurs d’affirmer que le réseau mobile lui-même a été affecté. Une attaque contre les sites web de La Poste Mobile ne signifie pas nécessairement que les appels, les SMS ou les connexions Internet mobiles ont été interrompus.
Les attaques DDoS et la fuite revendiquée sont-elles liées ?
C’est désormais l’une des principales interrogations concernant cette affaire. Les deux opérations ont été revendiquées le même jour par NoName057(16), mais aucun élément technique ne permet actuellement d’établir un lien entre les perturbations des sites web et l’éventuel accès à des données personnelles.
Une attaque DDoS consiste à saturer un service informatique avec un volume important de trafic afin de le ralentir ou de le rendre inaccessible. Cette technique ne nécessite pas de pénétrer dans les systèmes internes d’une entreprise et ne donne pas, par elle-même, accès à ses bases de données.
Une éventuelle récupération de données clients supposerait donc un autre mécanisme : compromission de comptes, utilisation d’identifiants dérobés, exploitation d’une vulnérabilité ou autre forme d’accès non autorisé.
Aucun mode opératoire permettant d’expliquer la fuite revendiquée de 25 000 clients n’a été établi à ce stade. Il est donc impossible d’affirmer que les deux revendications correspondent à une seule et même intrusion informatique.
La Poste Mobile n’a pas confirmé la fuite de données revendiquée
Au moment de cette mise à jour du 21 octobre 2026, aucune communication publique identifiée de La Poste Mobile ou de Bouygues Telecom ne confirme la compromission de 25 000 comptes clients revendiquée par NoName057(16).
Plusieurs points restent à éclaircir : l’existence d’une intrusion, l’authenticité et l’origine des captures diffusées, la nature exacte des informations éventuellement accessibles et le nombre de personnes concernées.
Il reste également à déterminer si les perturbations des services web ont eu des conséquences significatives pour les abonnés et pendant combien de temps.
En attendant d’éventuelles précisions de l’opérateur, les 25 000 clients évoqués doivent être considérés comme un volume revendiqué et non comme un bilan officiellement confirmé.
Quels risques pour les clients de La Poste Mobile ?
Si l’exposition de données personnelles venait à être confirmée, les informations évoquées pourraient présenter des risques pour les abonnés concernés.
L’association d’un nom, d’une adresse, d’un numéro de téléphone et d’informations sur un abonnement peut notamment faciliter des tentatives d’hameçonnage ciblées, des appels frauduleux ou des usurpations d’identité.
Des cybercriminels pourraient par exemple se faire passer pour le service client de La Poste Mobile et prétendre devoir régulariser une facture, vérifier des coordonnées bancaires ou sécuriser une ligne téléphonique.
Pour les abonnés, la principale précaution consiste à rester attentifs aux communications inhabituelles, notamment aux SMS contenant des liens et aux demandes de codes de vérification. Il est également recommandé de ne jamais communiquer un code de sécurité ou un identifiant à une personne prétendant appeler au nom de l’opérateur.
Ces recommandations sont préventives : aucun élément ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’ensemble des données évoquées par les hackers a effectivement été dérobé.
La Poste Mobile appartient à Bouygues Telecom depuis 2024
La proximité des noms peut prêter à confusion, notamment après les cyberattaques ayant déjà touché le groupe La Poste. Pourtant, La Poste Mobile est une filiale à 100 % de Bouygues Telecom depuis novembre 2024.
La marque continue d’être distribuée dans les bureaux de poste dans le cadre d’un partenariat avec le groupe La Poste, mais l’opérateur téléphonique appartient désormais à Bouygues Telecom. Il compte environ 2,5 millions de clients.
Les revendications du 21 octobre concernent spécifiquement La Poste Mobile. Elles ne permettent donc pas d’affirmer que les systèmes du groupe La Poste ou de La Banque Postale ont également été compromis.
La Poste Mobile avait déjà subi une importante cyberattaque en 2022
Ce n’est pas la première fois que La Poste Mobile est confrontée à une cyberattaque. Le 4 juillet 2022, l’opérateur avait subi une attaque par rançongiciel visant ses services administratifs et de gestion.
Contrairement à la situation actuelle, une atteinte à la confidentialité des données avait alors été officiellement reconnue. La Poste Mobile avait indiqué que des informations concernant des clients, anciens clients et prospects avaient été affectées.
Les données concernées comprenaient, selon les dossiers, des informations d’identification, des coordonnées, des données commerciales et certains éléments financiers ou techniques, notamment des IBAN.
L’opérateur avait notamment procédé à la modification des numéros RIO de ses clients, afin de prévenir d’éventuels transferts frauduleux de lignes, ainsi qu’à l’invalidation de mots de passe de l’espace client.
Rien ne permet toutefois de relier cette cyberattaque de 2022 à la nouvelle revendication du 21 octobre 2026, ni d’affirmer que les données présentées aujourd’hui proviennent de cet ancien incident.
NoName057(16) avait déjà revendiqué une attaque contre La Poste en décembre 2025
Le collectif prorusse NoName057(16) avait également revendiqué la vaste attaque DDoS ayant fortement perturbé les services en ligne du groupe La Poste et de La Banque Postale à partir du 22 décembre 2025.
Cette offensive, qui s’était prolongée jusqu’au début du mois de janvier 2026, avait provoqué d’importantes difficultés d’accès à plusieurs services numériques pendant la période des fêtes.
La Poste avait officiellement confirmé l’attaque DDoS, évoquant des flux pouvant atteindre plusieurs milliards de paquets par seconde, avec un pic annoncé à 3,5 milliards.
Le groupe avait alors assuré qu’aucune intrusion dans ses systèmes ni aucune fuite de données n’avait été constatée. Cette précédente opération concernait toutefois les infrastructures du groupe La Poste, et non nécessairement celles de l’opérateur La Poste Mobile.
Une nouvelle offensive dans la campagne prorusse #OpFrance
Les revendications du 21 octobre s’inscrivent dans une campagne plus large visant des organisations françaises. Depuis plusieurs jours, NoName057(16) multiplie les annonces d’attaques DDoS contre des institutions publiques, des entreprises et des infrastructures stratégiques.
Le 14 octobre, le M-CERT, centre de réponse aux incidents du secteur maritime français, avait notamment averti les ports et les armateurs que des attaques attribuées à NoName057(16) étaient en cours ou susceptibles de survenir prochainement.
Le Grand Port Maritime de Marseille, Port Atlantique La Rochelle et plusieurs acteurs du transport maritime figuraient notamment parmi les cibles revendiquées.
Le collectif avait également annoncé des opérations visant le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) ainsi que d’autres organisations françaises.
Mais la nouvelle revendication contre La Poste Mobile présente une particularité : NoName057(16), principalement connu pour ses attaques DDoS, affirme cette fois avoir également obtenu des informations personnelles.
Cette déclaration nécessite des vérifications supplémentaires, car le vol de données ne correspond pas au mode opératoire habituellement mis en avant par le collectif.
Un groupe de hackers toujours actif malgré une opération d’Europol
En juillet 2025, NoName057(16) avait pourtant été visé par une vaste opération policière internationale baptisée Eastwood, coordonnée par Europol et Eurojust.
Cette intervention avait permis de perturber plus de 100 serveurs utilisés par le réseau, de mettre hors ligne une grande partie de son infrastructure centrale et de mener 24 perquisitions. Sept mandats d’arrêt avaient également été délivrés.
Europol décrit NoName057(16) comme un réseau cybercriminel prorusse, motivé notamment par des considérations idéologiques, qui utilise l’outil DDoSia pour permettre à des volontaires de participer à des campagnes d’attaques coordonnées. Certains participants peuvent recevoir des récompenses en cryptomonnaies.
Plus d’un an après cette opération policière, le collectif poursuit ses revendications contre des organisations européennes, et particulièrement françaises.
Pour La Poste Mobile, la situation est désormais double : des attaques DDoS revendiquées contre ses services web et une nouvelle revendication portant sur les données personnelles de 25 000 clients. Si la première concerne la disponibilité des services, la seconde soulève des interrogations plus importantes sur une éventuelle atteinte à la confidentialité des informations des abonnés.
Cyberattaque.org suivra les éventuelles communications de La Poste Mobile et de Bouygues Telecom afin de déterminer si cette revendication de fuite de données est confirmée et quel en serait le périmètre réel.
Source originale : Cyberattaque.org.
Image d’illustration : Hands-coffee-smartphone-technology (23698591814).jpg — www.Pixel.la Free Stock Photos — CC0, via Wikimedia Commons.


