Le fabricant d’appareils auditifs WS Audiology (WSA), propriétaire des marques Widex et Signia, confirme avoir été victime d’une cyberattaque ayant entraîné l’indisponibilité de plusieurs applications utilisées par les personnes malentendantes et les audioprothésistes. L’intrusion, rendue publique le 26 octobre 2026, a notamment concerné son environnement de gestion des relations clients et certains systèmes informatiques opérationnels. Des utilisateurs se sont retrouvés temporairement privés des réglages accessibles depuis leur smartphone, tandis que des professionnels ne pouvaient plus utiliser certains services d’adaptation à distance.
WS Audiology est un groupe international spécialisé dans la fabrication d’appareils auditifs, né en 2019 du rapprochement de Widex et Sivantos. Basé à Lynge, au Danemark, il commercialise notamment les marques Widex, Signia, Rexton et Audio Service. Ses équipements sont distribués dans de nombreux pays, dont la France, auprès des professionnels de l’audition et des personnes souffrant de déficiences auditives.
Des pirates accèdent aux systèmes informatiques du fabricant
Dans un communiqué officiel daté du 26 octobre 2026, WS Audiology reconnaît avoir détecté un accès non autorisé à son environnement de gestion des relations clients, également appelé CRM, ainsi qu’à certains systèmes informatiques opérationnels.
Le groupe indique avoir immédiatement restreint l’accès à plusieurs services afin de contenir l’incident et d’éviter une éventuelle propagation de la compromission.
Des experts externes en investigation numérique ont été mobilisés pour analyser l’origine de l’intrusion et déterminer son périmètre. Les clients professionnels ont également été directement informés de la situation.
La date exacte de l’accès initial reste inconnue. WSA ne précise pas si les attaquants ont exploité une vulnérabilité, utilisé des identifiants compromis ou pénétré dans ses infrastructures par un autre moyen.
Widex MOMENT, Compass Cloud et Signia TeleCare interrompus
Pour contenir l’attaque, WS Audiology a volontairement déconnecté plusieurs applications destinées aux porteurs d’appareils auditifs et aux professionnels de santé.
Les principaux services concernés comprennent :
- Widex MOMENT : application mobile permettant notamment aux utilisateurs de modifier les programmes d’écoute et certains réglages de leurs appareils auditifs ;
- Widex Compass Cloud : plateforme utilisée par les audioprothésistes pour programmer et ajuster certains appareils Widex ;
- Signia TeleCare : service permettant aux professionnels de réaliser un accompagnement et des ajustements à distance.
D’autres applications de l’écosystème Widex, notamment MAGNIFY, ont également rencontré des problèmes d’accessibilité selon les informations communiquées aux audioprothésistes.
Certains utilisateurs de Widex MOMENT ont signalé ne plus pouvoir accéder à leurs programmes d’écoute habituels depuis leur téléphone. Cette situation pouvait notamment compliquer l’adaptation de leurs appareils à des environnements bruyants ou à des situations nécessitant des réglages particuliers.
WSA précise cependant que les appareils auditifs eux-mêmes n’ont pas été compromis et ont continué à fonctionner. L’incident concernait les services informatiques associés, et non les fonctions essentielles d’amplification sonore des équipements.
Des applications progressivement rétablies début novembre
Dans une communication du 30 octobre 2026, WS Audiology indiquait que ses équipes procédaient à une remise en service progressive des outils déconnectés par précaution.
Widex Compass Cloud avait déjà retrouvé un fonctionnement normal, permettant aux audioprothésistes de programmer les appareils Widex Allure et Allure AI.
L’application Widex Allure était également restée opérationnelle pendant l’incident, tandis que les sites de commerce électronique du groupe continuaient à accepter les commandes et à assurer les expéditions.
Au 4 novembre, WS Audiology confirmait le rétablissement des principales fonctionnalités de Widex MOMENT, ainsi que la possibilité pour les professionnels de réaliser à nouveau les réglages des appareils Widex.
Signia TeleCare devait également être remis en service progressivement. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas de confirmer que toutes les fonctionnalités de l’ensemble des applications avaient été restaurées à cette date.
Des données clients potentiellement accessibles aux attaquants ?
L’accès non autorisé à l’environnement CRM de WS Audiology soulève également la question de la confidentialité des informations clients.
Un logiciel de gestion de la relation client peut contenir des coordonnées professionnelles, des historiques d’échanges et différentes informations commerciales. Toutefois, les catégories exactes de données présentes dans les systèmes concernés par cet incident n’ont pas été publiées.
WSA n’a pas confirmé de vol de données personnelles, de dossiers médicaux ou d’informations relatives aux porteurs d’appareils auditifs. Le nombre de personnes éventuellement concernées reste également inconnu.
L’accès frauduleux à un système informatique ne signifie pas nécessairement que son contenu a été copié ou diffusé. Les investigations devront établir si les attaquants ont uniquement consulté certaines ressources ou s’ils ont réussi à extraire des informations.
Comment une cyberattaque peut-elle perturber des appareils médicaux connectés ?
Cette affaire illustre une particularité des équipements de santé modernes : même lorsque les appareils physiques continuent de fonctionner, leur utilisation peut être perturbée par une indisponibilité des services numériques associés.
Les applications mobiles permettent aux personnes malentendantes de personnaliser leur expérience auditive, tandis que les solutions de téléassistance facilitent les réglages sans nécessiter systématiquement un déplacement chez l’audioprothésiste.
Lorsqu’un fabricant déconnecte ces services pour contenir une intrusion, certaines fonctionnalités peuvent devenir temporairement inaccessibles, même si les appareils ne présentent aucune défaillance technique.
WS Audiology précise d’ailleurs que la menace ne provenait pas de son logiciel d’adaptation dans le cloud. La plateforme Compass Cloud a été désactivée volontairement par mesure de précaution, et non parce que sa compromission aurait été établie.
La conséquence principale est donc une perturbation de l’accès aux fonctionnalités et aux services d’accompagnement, plutôt qu’une prise de contrôle des appareils auditifs.
WS Audiology avait déjà connu une fuite de données en 2024
Ce n’est pas le premier incident de cybersécurité reconnu par WS Audiology. Le 5 juillet 2024, le groupe avait détecté un accès non autorisé au système informatique de ses magasins Bloomhearing en Australie et en Nouvelle-Zélande, avec des données concernant également certaines activités à Hong Kong et à Singapour.
Dans une communication publiée le 10 septembre 2024, l’entreprise avait confirmé que des données personnelles de patients appareillés et de salariés avaient été accessibles aux attaquants.
WSA avait alors précisé que des copies de ces informations avaient potentiellement pu être récupérées. Les autorités compétentes avaient été informées et des notifications individuelles engagées.
Aucun lien technique n’est établi entre cette précédente compromission et la cyberattaque d’octobre 2026.
Une cyberattaque confirmée, mais son origine reste inconnue
Au 6 novembre 2026, WS Audiology a officiellement reconnu l’accès frauduleux à une partie de ses systèmes informatiques et les interruptions de services provoquées par ses mesures de protection. Plusieurs applications ont depuis retrouvé leur fonctionnement normal.
En revanche, l’identité des attaquants, la méthode d’intrusion et l’existence d’une éventuelle extraction de données n’ont pas été communiquées. Aucun élément public ne permet non plus de confirmer l’utilisation d’un rançongiciel.
Cette affaire met en évidence un risque de plus en plus concret pour les dispositifs médicaux connectés : une cyberattaque contre l’infrastructure informatique d’un fabricant peut affecter directement les services utilisés quotidiennement par des patients, même sans compromettre les appareils eux-mêmes.
Source originale : Cyberattaque.org.


