Le Rassemblement national (RN) est visé par une revendication de fuite de données ce samedi 31 octobre 2026. Un hacker utilisant le pseudonyme shin0bi affirme détenir 432 597 enregistrements liés au parti politique français et en avoir diffusé 150 000. Mais les vérifications effectuées sur les données révèlent 28 420 lignes dupliquées et plusieurs incohérences importantes, qui soulèvent des questions sur l’origine et l’authenticité de cette base.
Le fichier contient des informations potentiellement très sensibles : noms, adresses, coordonnées, dates de naissance et références d’adhésion. Plusieurs enregistrements semblent correspondre à des informations réelles, mais des erreurs systématiques suggèrent une base possiblement reconstituée à partir de plusieurs sources, plutôt qu’une extraction brute des systèmes du parti.
Fondé en 1972 sous le nom de Front national, puis renommé Rassemblement national en 2018, le RN est un parti politique français présidé par Jordan Bardella. Il dispose d’un réseau de fédérations départementales, de militants et d’adhérents à travers la France.
28 420 doublons dans les 150 000 lignes annoncées
Le hacker shin0bi a publié sa revendication le 31 octobre 2026 à 1 h 41, accompagnée d’une archive intitulée « rassemblementnational_fr_PF.7z », annoncée à 5,87 Mo une fois compressée.
Il affirme que cette archive représente une partie d’une base beaucoup plus importante, comprenant au total 432 597 enregistrements.
Mais un premier examen du fichier fait apparaître une anomalie majeure : 28 420 lignes sont des doublons exacts. Après leur suppression, le volume tombe à 121 580 lignes distinctes, contre les 150 000 annoncées.
Cette particularité interroge d’autant plus que le fichier contient exactement 150 000 lignes, un chiffre rond correspondant précisément au volume revendiqué.
L’hypothèse d’un ajout artificiel de doublons pour atteindre ce volume ne peut pas être écartée. Ce constat ne suffit cependant pas à démontrer une manipulation volontaire. Surtout, les 121 580 lignes restantes ne doivent pas être considérées comme autant d’adhérents authentifiés.
Des noms, adresses et informations d’adhésion dans les fichiers
Les données présentées prennent la forme d’enregistrements JSON contenant des informations personnelles et administratives.
Les champs identifiés comprennent notamment :
- Les noms, prénoms et civilités ;
- Les codes d’adhérent ;
- Les adresses postales, communes et codes postaux ;
- Les numéros de téléphone fixes et mobiles ;
- Les adresses email ;
- Les dates de naissance et professions ;
- Les cantons et circonscriptions électorales ;
- Les catégories tarifaires et montants de cotisation ;
- Plusieurs dates et références administratives.
La structure correspond à celle d’un fichier de gestion d’adhérents ou de contacts politiques. La présence d’un code d’adhérent et de données de cotisation pourrait notamment laisser penser à un ancien système de gestion des membres.
Des recoupements effectués sur plusieurs fiches ont montré que certaines informations correspondent effectivement à des personnes connues comme membres du parti. Cela constitue un indice de crédibilité pour une partie des données, mais ne permet pas d’authentifier l’ensemble du fichier.
Des cantons de Toulouse attribués à des personnes résidant dans le Rhône
Les incohérences géographiques constituent l’un des principaux signaux d’alerte. Plusieurs enregistrements comportent des informations électorales qui ne correspondent pas à la localisation des personnes concernées.
Une fiche associée à une personne résidant dans le Rhône, département 69, présente par exemple un canton correspondant à Toulouse, en Haute-Garonne.
D’autres enregistrements contiennent des champs géographiques anormalement construits, avec plusieurs cantons et circonscriptions concaténés dans une seule valeur, au lieu d’une affectation électorale précise.
Ces anomalies ne ressemblent pas à de simples changements de circonscriptions ou à des erreurs administratives isolées. Leur répétition pourrait indiquer un problème de génération, de fusion ou d’enrichissement des données.
Dans une base réellement issue d’un logiciel d’adhésion, les informations géographiques devraient normalement présenter une certaine cohérence avec l’adresse du membre, même si des erreurs ponctuelles restent possibles.
Des informations réelles mélangées à des coordonnées erronées
Les contrôles réalisés sur plusieurs personnes connues permettent de nuancer davantage la revendication.
Certaines fiches contiennent des informations personnelles concordantes, ce qui suggère que le fichier intègre au moins une partie de données authentiques.
Cependant, les rapprochements ont également révélé des erreurs. Dans un cas examiné, l’adresse email comportait deux caractères incorrects, tandis que l’affectation cantonale était également erronée.
Ces écarts sont importants : ils peuvent résulter d’une ancienne base mal mise à jour, d’erreurs de traitement ou d’une reconstitution effectuée à partir de plusieurs sources.
L’hypothèse d’une base composite, mélangeant des informations vérifiables et des données incorrectement générées ou rapprochées, paraît donc plausible. Il n’est toutefois pas possible d’affirmer, sans connaître l’origine des fichiers, que les erreurs ont été introduites volontairement.
Un hacker récemment arrivé et une première publication qui interroge
Le profil de l’auteur de la revendication présente également certaines particularités.
shin0bi s’est inscrit en mai 2026, mais cette publication constitue son premier sujet identifié. Son compte affichait déjà 90 points de réputation avant cette première publication.
Cette situation ne démontre aucune fraude : une réputation peut notamment être acquise par d’autres interactions sur une plateforme. Elle ne permet cependant pas non plus de considérer l’auteur comme une source établie disposant d’un historique de divulgations vérifiées.
Le pseudonyme shin0bi peut rappeler celui du groupe de rançongiciel Sinobi, connu pour ses activités passées. Aucun élément ne permet toutefois d’établir un lien entre cet utilisateur et ce groupe cybercriminel.
Une possible base reconstituée plutôt qu’un véritable piratage
Pris séparément, les différents éléments relevés pourraient avoir des explications relativement banales. Mais leur accumulation interroge :
- 28 420 doublons exacts dans une archive annoncée à 150 000 lignes ;
- Des informations personnelles confirmées sur certaines fiches ;
- Des adresses email présentant des erreurs malgré d’autres données concordantes ;
- Des affectations électorales incompatibles avec les départements de résidence ;
- Des champs contenant plusieurs cantons ou circonscriptions concaténés ;
- Aucun élément technique démontrant une intrusion dans le système du RN.
Ces caractéristiques sont compatibles avec une base reconstruite ou enrichie à partir de plusieurs jeux de données. Une partie pourrait provenir d’informations historiques authentiques, tandis que d’autres champs auraient été ajoutés, mal associés ou générés.
Cette hypothèse expliquerait notamment la coexistence d’informations vérifiables et d’incohérences répétées. Elle ne permet cependant pas de déterminer quelles sources auraient été utilisées ni si une partie des informations provient effectivement d’une ancienne fuite.
Une divulgation particulièrement sensible si les adhésions sont authentiques
Indépendamment des anomalies, la publication de données attribuées à des adhérents d’un parti politique soulève des enjeux importants.
Les informations révélant une appartenance politique bénéficient d’une protection renforcée au titre de l’article 9 du Règlement général sur la protection des données (RGPD).
Si une partie des fiches correspond effectivement à des adhérents, leur diffusion pourrait entraîner des risques de harcèlement, de fraude, d’usurpation d’identité ou de divulgation involontaire d’un engagement politique.
Une personne présente dans cette base ne doit toutefois pas être automatiquement considérée comme membre du Rassemblement national. Les erreurs identifiées rendent cette précaution particulièrement importante.
Aucune preuve d’une nouvelle intrusion dans les systèmes du RN
Le Rassemblement national avait déjà reconnu un incident de sécurité affectant son site Internet en juillet 2026. Aucun élément ne permet de relier cette précédente intrusion à la publication du 31 octobre.
À ce stade, la diffusion d’un fichier attribué au RN ne constitue pas une preuve de cyberattaque récente contre le parti. shin0bi n’a pas présenté de méthode d’intrusion vérifiable ni d’éléments permettant de retracer l’origine des données.
Les vérifications font apparaître 121 580 lignes distinctes après suppression des doublons, dont certaines contiennent des informations crédibles, mais également de nombreuses incohérences.
L’authenticité intégrale de la base, son origine et les 432 597 enregistrements revendiqués restent donc non démontrés. Les éléments disponibles invitent à envisager sérieusement l’hypothèse d’un fichier partiellement reconstitué, plutôt que celle d’une extraction récente et complète de la base officielle des adhérents du Rassemblement national.
Source originale : Cyberattaque.org.

